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SECURITE REGIONALE Recteur
Joëlle le Morzellec
Le bassin méditerranéen est le carrefour de trois continents, lEurope, lAfrique et lAsie, ce qui explique sa diversité et sa complexité. La rive nord et la rive sud, la Méditerranée occidentale ou orientale, nécessitent des regards différents qui ne doivent cependant pas méconnaître la gestation dune civilisation sappuyant sur des cultures voisines, et la globalité de la zone. Avant la chute du Mur, la confrontation entre les deux blocs avait pour thêatre principal lEurope centrale. La fin du monde bipolaire, la seconde guerre du Golfe et les conflits dans lancienne Yougoslavie attirent désormais lattention sur une région où les risques relatifs à la sécurité et la stabilité contrebalancent les chances de développer une coopération et un partenariat entre les états riverains. Après plusieurs initiatives, de lEspagne et de lItalie dès 1990 lançant le projet dune Conférence sur la sécurité et la coopération en Méditerranée, de lUEO en 1992 lors de la Déclaration de Petersberg visant à instaurer un dialogue avec les pays du Maghreb, de lOSCE en 1994 invitant lAlgérie, lEgypte, Israël, le Maroc et la Tunisie à ses réunions ministérielles, puis de lOTAN en décembre 1994 cherchant elle aussi à nouer des liens avec lEgyte, Israël, la Jordanie, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie, le mouvement en faveur de relations plus confiantes entre les deux rives était largement admis et souhaité. Ce constat conduit lUnion européenne a organisé les 27 et 28 novembre 1995 une Conférence euro-méditerranéenne à Barcelone. Elle regroupera vingt-sept états: les quinze de lUnion européenne, douze pays de la rive sud, lAlgérie, la Tunisie, le Maroc, lEgypte, Israël, la Syrie, le Liban, la Jordanie, lAutorité palestinienne, Malte, Chypre et la Turquie. La Libye est écartée pour cause de terrorisme. Les Etats-Unis sont présents à titre dobservateurs, mais ils refusent que la question du Proche-Orient soit à lordre du jour, voulant garder à leur profit le monopole des négociations sur le processus de paix. Le principe dun partenariat euro-méditerranéen est adopté selon trois volets: un partenariat politique et de sécurité, un partenariat économique et financier visant à linstauration progressive dune zone de libre-échange, assorti dune assistance financière, et un partenariat en matière sociale, culturelle et humaine afin de favoriser la compréhension entre les différentes cultures et sociétés. Cette approche globale du bassin méditerranéen est une tentative pour créer un ordre nouveau dans lensemble de la région, et y instaurer la paix. Mais cet effort pour mettre en oeuvre un pacte euro-méditerranéen se heurte à des crises qui affectent la sécurité de la zone; et des risques constituent un danger pour sa stabilité. 1- Les crises affectant la sécurité dans la zone 2- Les risques touchant à la stabilité de la région 1- Les crises affectant la sécurité dans la zone Létude ne portera pas sur le détail des crises qui ne seront évoquées que dans la mesure où elles mettent en cause la sécurité dans le bassin méditerranéen. Les points analysés seront les suivants:
a - le gel du processus de paix au Proche-Orient : Le conflit israëlo-arabe est le type même de conflit ayant des implications qui vont bien au-delà de la région concernée, les Etats-Unis sarrogeant un droit de regard sur toutes les questions interessant la zone. Depuis les élections du 29 mai 1996 et larrivée aux affaires de M.Nétanyahou, le processus sest enlisé : les intérêts vitaux dIsraël passent avant la paix selon la nouvelle équipe, la colonisation forcée dans les territoires occupés est relancée, la construction immobilière a repris dans le secteur de Jérusalem. Ce nest pas la proposition faite en mars 1998 par le gouvernement de lEtat hébreu de se retirer du Liban sud, mais sous conditions, ou en août 1998 dabandonner 13% de la Cisjordanie, toujours sous conditions, qui modifie la situation, gelée depuis deux ans; pas davantage que le voyage effectué par lémissaire américain Dennis Ross au printemps 1998. Pourtant, après les élections palestiniennes de janvier 1996, lOLP a décidé de réunir le Conseil national palestinien, et de supprimer larticle de la Charte nationale appelant à la destruction de lEtat dIsraël. Le gouvernement de Shimon Pérès a répondu en déclarant quIsraël ne sopposerait plus à la création dun Etat palestinien. Lopinion israëlienne est maintenant divisée, près de la moitié de la population souhaite la paix, et donc la remise en train du calendrier fixé par les Accords dOslo. LEurope, et singulièrement la France, entendent jouer un rôle au Proche-Orient. LUnion européenne a un représentant en Israël en la personne du diplomate espagnol, M. Martino. Le Président Chirac sest rendu à diverses reprises dans la région. Il a même reçu officiellement à Paris en juillet 1998 son homologue syrien Assad. Mais le chef du gouvernement à Jérusalem ne reconnaît quun interlocuteur, le Président Clinton. Et ce dernier, malgré la convocation à Washington de M. Nétanyahou, na pu faire redémarrer le processus de paix. Il est pourtant de lintérêt dIsraël de ne plus demeurer une forteresse assiégée et de continuer à faire dépendre sa sécurité des Américains. Cette situation est dautant plus regrettable quau moment des obsèques de Rabin, les treize chefs dEtat arabes présents étaient ouverts à des perspectives de coopération avec Israël. Cétait là une opportunité pour lEtat hébreu de sortir de son isolement dans la région, ainsi que le gage dun début de sécurité partagée en Méditerranée orientale, et au-delà. Israël na pas saisi cette chance, cest à se demander si le gouvernement de Jérusalem souhaite véritablement la paix lorsque, le 24 août 1998, à loccasion du cinquième anniversaire des Accords dOslo, Yasser Arafat, Shimon Pérés et Dennis Ross se rendent en Norvège, mais pas Benyamin Nétanyahou... Lincertitude
qui pèse à nouveau dans la région, les violences épisodiques, et les actes
de terrorisme peuvent à tout moment déclencher un autre conflit entre
Palestiniens et Israëliens, entre Arabes des états voisins et Israëliens.
b - La question chypriote et les différends gréco-turcs: Ces crises concernent directement les pays européens et opposent des états membres de lOTAN. Laffaire de Chypre est un facteur de division pour lUnion européenne. En effet lîle a obtenu son ticket dentrée dans la Communauté, selon des modalités que la Grèce navalise pas totalement, et alors que la Turquie, qui estime avoir été un allié fidèle de lEurope et du monde occidental pendant la guerre froide, se voit signifier un refus sous des formes diplomatiques. Ankara comprend mal ce quelle interprète comme larrivée de deux états "grecs" dans lEurope de Bruxelles, comme elle comprend mal quon la tienne à lécart de lUEO, sinon comme membre associé, alors quelle fait partie de plein droit de lAlliance atlantique. Les pourparlers pour ladhésion de Chypre ont débuté en avril 1998, sans que ne soit trouvée une solution au problème de la partition de lîle. Et la décision du gouvernement chypriote grec dacheter des missiles sol-air russes S-300 pour sa défense naméliorent pas les relations entre Ankara et Athênes qui déclare appuyer la décision de Nicosie. Dautre part la Grèce et la Turquie, toutes deux donc membres de lAlliance atlantique, et constituant une partie du flanc sud de lOtan, sopposent pour des problèmes de souveraineté territoriale et maritime, à propos de la Thrace occidentale et de la mer Egée. La guerre du Golfe a montré une nouvelle fois limportance stratégique de la Turquie, pour lOTAN, et plus spécifiquement pour les Etats-Unis dont cest le point dappui pour toute action, voire toute intervention, en Méditerranée orientale, et au-delà. Labsence
de relations harmonieuses et équilibrées entre les deux états en fait
plus des adversaires que des partenaires, ce qui nest pas sans risque
pour la sécurité du bassin méditerranéen. c - Les tensions environnant la Turquie, la Syrie, lIrak et lIran : Ces tensions permettent de comprendre comment la sécurité de la zone est dépendante de crises et de conflits qui existent à ses confins et dans toute la région du Moyen-Orient, jusquen Afghanistan. La question kurde met aux prises les quatre états cités, entraînant de leur part jusquà des actions militaires; mais elle provoquera aussi des réactions américaines dans la zone, comme en septembre 1996. A lheure actuelle, le problème kurde ne connaît même pas un début de solution; il peut générer de nouvelles actions terroristes, y compris en Europe. Et cest encore le terrorisme, contre les ambassades des Etats-Unis au Kénya et en Tanzanie, en août 1998, qui conduira Washington à exercer, par des frappes de missiles de croisière Tomahawk lancés depuis des bâtiments de lUS Navy croisant en Mer Rouge et dans le Golfe, des représailles en Afghanistan et au Soudan, accusés de donner asile et dentraîner des fidèles dAllah, dont certains seraient responsables des attentats commis en France, en 1995, et contre des bases américaines en Arabie saoudite en 1995 et 1996. La périphérie, quil sagisse de la rive nord ou de la rive sud de la Méditerranée, conditionne la sécurité de toute la zone du bassin. Cest pourquoi la politique turque a suscité quelques inquiétudes, en février et en août 1996, lorsque Ankara a conclu deux accords de coopération militaire avec Jérusalem. Certains, dont la Syrie, y ont vu la formation dun axe Etats-Unis-Turquie-Israël, que pourrait rejoindre la Jordanie; même si M. Erbakan soulignait le caractère défensif de tels accords. De plus le gouvernement turc a signé un accord avec lIran pour la fourniture de gaz naturel. Ankara expliqua à lAmérique outrée quil sagissait de relations purement commerciales. Quant aux relations entre la Turquie et le monde arabe, le souvenir de lEmpire ottoman les rend encore délicates. Si le gouvernement turc accuse Damas daccueillir des éléments armés kurdes du PKK, lIrak craint, sur son territoire, des opérations militaires dAnkara pour établir une zone de sécurité, toujours à propos de la question kurde. Enfin la Syrie na pas abandonné la revendication de sa souveraineté sur la province de Hatay; et elle accuse les barrages construits par Ankara sur lEuphrate de mettre en danger son aprovisionnement en eau . Cependant la situation internationale évolue localement : lembargo sur lIrak apparaît de moins en moins justifié; et Bagdad et Téhéran ont effectué un rapprochement significatif au printemps 1998. LIran cherche à revenir sur le devant de la scène. La France dépêchera son ministre des affaires étrangères auprès des mollahs pour vérifier sur place la réalité de la libéralisation du régime en août 1998. Un
facteur a pourtant réchauffé les relations entre la Turquie et le monde
arabe : lengagement du gouvernement dAnkara en faveur des
Musulmans de Bosnie lors de léclatement de la Yougoslavie et de
la création des nouveaux états. d - Les conflits balkaniques : La péninsule des Balkans constitue historiquement lune des clefs de la sécurité du bassin méditerranéen, et aujourdhui encore, et sans doute pour longtemps, les évènements qui sy déroulent resteront à lordre du jour, tant que continuera à seffectuer une recomposition du sud-est de lEurope, non sans violence. Les accords de Dayton en 1995 ont créé un processus visant à instaurer la paix dans le nouvel Etat fédéral de Bosnie-Herzégovine. Sa mise en oeuvre est lente, elle se fait par à-coups, sous des pressions extérieures et le regard de la SFOR. Le Président Chirac, en y effectuant un voyage en avril 1998, a voulu témoigner sa confiance en un réglement durable. Le chemin est difficile vers un fonctionnement satisfaisant des institutions communes mises en place après les élections. Le retour des réfugiés et des personnes déplacées se heurte à des obstacles de toutes sortes: sécurité incertaine, restitution des biens contrariée, procédure daccès aux documents dimmatriculation et détat-civil rendue difficile, absence de confiance dans lavenir, etc...Il convient donc de laisser le temps au temps. La situation est devenue très préoccupante au Kosovo où la violence sest déchaînée au printemps 1998. Les Serbes, revendiquant un héritage historique, utilisent le scénario quils ont mis au point pour semparer de territoires bosniaques, et chassent les Albanais après avoir écarté le statut dautonomie dont ils bénéficiaient dans la constitution fédérale de 1974. Depuis 1992, Ibrahim Rugova a organisé une résistance, à lorigine non violente, qui a mis en place un gouvernement, des écoles et des hôpitaux parallèles, financés par des impôts volontaires. Puis Belgrade a installé au Kosovo des réfugiés serbes chassés de Croatie et de Bosnie-Herzégovine, provoquant lexode de milliers de kosovars dorigine albanaise. Les protestations pacifiques échouant contre lintransigeance serbe, les réclamations de la population albanaises changèrent de nature : la création dune République du Kosovo, voire lintégration à lAlbanie, remplacèrent le retour à la simple autonomie, et lArmée de Libération du Kosovo, se radicalisant, commença à organiser des attentats et à utiliser la force. Les appels au dialogue de la communauté internationale sont restés lettre morte. Belgrade considère la question du Kosovo comme une affaire intérieure, et mène ce quelle appelle des < opérations de représailles > contre des villages habités par des Albanais de souche dans la région de Drenica, à partir de mars 1998, obligeant les Kosovars à une escalade dans la violence, le nombre des réfugiés saccroissant considérablement. Les états voisins, les Etats-Unis, la Russie, lOTAN, lOSCE, lUEO et lUnion européenne ont exprimé leur inquiétude de voir la situation au Kosovo dégénérer comme cela avait été le cas en Bosnie, et leur crainte de voir le feu se propager à dautres états. La théorie des dominos a souvent prouvé sa véracité dans les Balkans. Le Groupe de contact, créé en avril 1994, à propos de la Bosnie, pour coordonner les politiques allemande, américaine, anglaise, française, italienne et russe, a tenté dénoncer dans une déclaration, le 25 février 1998, les principes dune solution mutuellement acceptable par Belgrade et Pristina. Mais jusquà ce jour, aucun résultat na été obtenu, ni par lenvoyé spécial américain Robert Gelbard, ni par M. Felipe Gonzales, représentant personnel du Président en exercice de lOSCE et représentant spécial de lUE, et malgré le vote du Conseil de sécurité, le 31 mars 1998, à lunanimité moins la Chine, de la Résolution 1160 imposant un embargo général sur les armes à destination de la République fédérale de Yougoslavie.La France, se refusant à intervenir seule, tente, au sein des organisations internationales, de mobiliser ceux qui ont déclaré refuser toute reproduction du drame bosniaque. Tergiversations et silences sont les réponses obtenues par Paris. Fin août 1998, le nombre de réfugiés kosovars dorigine albanaise est estimé à plus de 230 000 personnes. Un embrasement de la région est un cauchemar possible. La République fédérale de Yougoslavie nest pas à labri de troubles internes. La population serbe est toujours derrière Slobodan Milosevic, elle ne veut pas renoncer au Kosovo. Cependant les Serbes admettent avoir perdu la guerre contre la Croatie, et du abandonner la Krajina et la Slavonie orientale. Dautre part, la volonté dindépendance des Kosovars peut entraîner des réactions au Monténégro. Le Président Djukanvic a clairement critiqué lintransigeance de Milosevic dans la crise du Kosovo, laccusant d< autocrate > et de < destructeur des institutions yougoslaves >. Enfin, le scénario le plus pessimiste conduit à envisager une extension du conflit du Kosovo aux états voisins. Le jeu de dominos atteindrait lAlbanie, puis la Bulgarie, et pour finir rallumerait le feu couvant entre la Grèce et la Turquie. LAlbanie se trouve dans une situation périlleuse : elle ne peut pas rester insensible face aux atrocités subies par les Albanais du Kosovo; elle ne pourra accueillir tous les Kosovars dorigine albanaise sur son territoire; elle ne veut pas perdre le soutien de la communauté internationale qui laide dans sa reconstruction économique et politique; enfin elle a repris des contacts avec la Grèce et le Monténégro. Tirana souhaite que lOTAN franchisse un degré supplémentaire dans lassistance que lui accorde lAlliance au titre du partenariat individuel qui lie lAlbanie et lOrganisation atlantique depuis le 25 mars 1998 en dépêchant, préventivement, une force de maintien de la paix le long de sa frontière avec le Kosovo. Mais lOTAN sinterroge toujours sur le bien-fondé dun tel envoi en regardant passer les convois de réfugiés. Ce ne sont pas les manoeuvres organisées du 17 au 22 août 1998 en Albanie qui ont effrayé les Serbes dans leur volonté déradiquer toute la population dorigine albanaise du Kosovo...Quant au souci de ne pas heurter Milosevic, parce quil pourrait troubler le processus de paix en marche en Bosnie, lors des élections prévues les 12 et 13 septembre 1998, qui pourrait-il honorer? Enfin, le calcul diplomatique, visant à ne pas froisser les Russes, alliés traditionnels des Serbes, ne résiste pas à lanalyse, à lheure où Moscou se débat dans des problèmes internes effrayants. La Bulgarie sefforce de réaliser une transition difficile vers la stabilité politique et économique, en sintéressant avec circonspection à la prévention des conflits dans la région, et en envisageant ce que pourrait être son rôle, tout en sachant quelle pâtit des décisions dembargo contre la Serbie. Se rapprochant de la Turquie, elle nacceptera jamais une prépondérance grecque dans la péninsule. Il est encore possible que létincelle jaillisse dans lancienne République yougoslave de Macédoine où le quart de la population se considère comme albanaise, proche des Albanais du Kosovo. La Force de déploiement préventif des Nations unies, FORDEPRENU, joue un rôle capital sur le territoire de la FYROM qui sefforce dexister en qualité détat indépendant et de faire face aux luttes intestines qui lagitent. La question pendante de la délimitation de la frontière nord de la FYROM avec la Serbie, ou le droit des minorités, sont porteurs daffrontements violents. Souhaitant une présence effective de lOTAN sur son sol ,la FYROM a accepté quun exercice dans le cadre du Partenariat pour la paix se déroule sur son territoire en septembre 1998. Washington estime en effet que la petite FYROM pourrait constituer un état-tampon dans léventualité dune guerre dans la région à laquelle prendraient part la Grèce et la Turquie. Enfin la Grèce accueille sur son sol environ 300 000 Albanais, souvent immigrés clandestins. En mars 1998, lors des manifestations de violence au Kosovo, les gouvernements d Athènes et de Belgrade se sont rapprochés. La Grèce cherche à être un médiateur dans la crise, et elle parie sur lutilité de ses relations anciennes avec la Serbie pour générer un certain équilibre dans la région, considérant que laffaire du Kosovo nest pas une crise intérieure comme le prétend Belgrade, mais bien une menace pour la sécurité collective. En
juillet 1997, lors du sommet de lOTAN à Madrid, la Grèce et la Turquie
ont signé une déclaration commune selon laquelle les deux états sengagent
à oeuvrer en faveur de < la paix, la sécurité et la poursuite du développement
de relations de bon voisinage >. Cette < convergence de vues >
tiendrait-elle lors dun affrontement majeur? e - Les foyers conflictuels en Afrique du Nord : La rive sud de la Méditerranée recèle aussi des tensions capables daffecter la sécurité de la zone. En raison de sa situation interne, de la lutte contre les extrêmistes fondamentalistes du GIA, lAgérie est tenue à lécart par ses deux voisins naturels, dans la crainte dune contagion. LUnion du Maghreb arabe est au point mort. La Tunisie est devenue un bon élève pour le FMI et la Banque mondiale, son essor économique et un régime décidé la protégeant de lislamisme. Le Maroc, vivant depuis 1997 un processus dalternance démocratique, est sans réserve favorable au rapprochement avec, sur la rive nord, les différentes instances européennes, le Roi entretenant avec elles des relations de coopération étroites; Rabat a donc particulièrement bien accueilli le partenariat euro-méditerranéen, tel quil a été envisagé à Barcelone, y compris en ce qui concerne le volet politique et le principe dun pacte de sécurité pour la zone euro-méditerranéenne. Le contentieux du Sahara occidental nest pas réglé. Le processus bute toujours sur le même obstacle, la composition du corps électoral. Ni le Maroc, ni le Front Polisario ne veulent transiger. La Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental, MINURSO, a poursuivi le recensement des populations susceptibles de voter dans les trois états qui abritent des tribus sahraouis, le Maroc, lAlgérie et la Mauritanie. Et malgré laccord conclu à Houston à lautomne 1997, grâce aux bons offices de James Baker, ancien secrétaire dEtat lors de la présidence Bush, le gouvernement marocain nacceptera la tenue du référendum le 7 décembre 1998, que si Rabat est sûr de lemporter. A la fin daoût 1998, malgré la fin du recensement, limpasse est totale. Enfin la Libye du Colonel Kadhafi est toujours lourde de menaces, et isolée sur la scène internationale, sauf de ses voisins du sud, obligés parfois de la subir. Quant à lEgypte, qui a su normaliser ses relations avec Israël, elle est en situation de crise permanente avec le Soudan. Le Caire dépend presquentièrement de Khartoum pour son alimentation en eau, et accuse le gouvernement soudanais de fournir un asile, si ce nest un entraînement, aux groupes islamistes égyptiens. Les frappes américaines du 20 août 1998 au Soudan ne peuvent quen accréditer lhypothèse. Face à une telle situation, lEgypte, atteinte elle aussi par des attentats, lors de lassassinat du Président Sadate en 1981, et en 1997 contre des policiers et des touristes à Louksor, adopte des mesures politiques et économiques pour lutter contre les Frères musulmans et impliquer davantage la population dans un effort accru en faveur dun tourisme plus développé, susceptible de profits financiers pour une majorité dEgyptiens. Dans le même esprit, le Président Moubarak avait organisé à Charm el-Cheikh en mars 1996, un sommet réunissant des états arabes et Israël pour définir des moyens de lutte contre le terrorisme. Ainsi
la sécurité du bassin méditerranéen dépend, dans une large mesure, de
tensions, de crises et de conflits qui mettent aux prises des états voisins,
qui ne sont pas tous riverains de la Méditerranée, mais quun jeu
dalliances ou dantagonismes, historiques ou contemporains,
peut entraîner dans un engrenage de violence et daffrontement. Le
principe dun pacte de sécurité, tel que proposé à Barcelone, et
liant les deux rives, est riche despérance, à la condition quun
tel partenariat sinscrive dans la réalité, transformant la zone
de tous les dangers en une zone déquilibre. 2- Les risques touchant à la stabilité de la région
Le bassin méditerranéen est le miroir des problèmes du monde contemporain. Au carrefour de trois continents, trois grandes religions sy rencontrent. Des discordances démographiques, une hétérogénéîté de régimes politiques, des écarts de développement considérables, la présence darmes de toute nature et des difficultés spécifiques, telles que la gestion de leau et de lénergie, alimentent une diversité de crises et de conflits, ouverts, latents ou potentiels. Autant de risques pour la zone. a - Lévolution démographique et sociale : < Communauté de destin >, lexpression de Raymond Barre résume le phénomène auquel est confrontée la région. En effet, laccroissement de la population sur la rive sud et lattraction que génère une rive nord opulente ne trouveront un équilibre que si ces réalités font lobjet dune réflexion concertée et de lélaboration de solutions ensemble. Car les migrations vers le nord saggraveront dans les années qui viennent si ne sont pas créées, dans les états de départ, les conditions politiques, économiques, sociales et culturelles capables de retenir des populations à la recherche dun Eldorado ou, plus essentiellement, de conditions de survie. Des prévisions font état, globalement, dune augmentation denviron 80% de la population dans les pays arabes, entre 1990 et 2025, alors que lEurope ne connaîtrait quune hausse de 7%. Cette croissance démographique traîne un cortège de difficultés inhérentes: taux de chomage aggravé, appauvrissement, mouvements sociaux, instabilité politique, radicalisation des équipes au pouvoir qui en appellent à laide financière étrangère, dette alourdie, mesures autoritaires, émeutes, répression violente et bain de sang. Le scénario sest trop souvent répété pour être encore ignoré. Il est donc souhaitable que les états de la rive nord favorisent, avec tous les moyens possibles, le développement des états de la rive sud, de telle sorte que ces derniers donnent naissance à des sociétés où les populations concernées trouvent leur place. Ainsi les courants migratoires se tariraient, et dans un premier temps, les états de la rive nord auraient à leur porte des marchés demandeurs déquipement et de consommation. Ensuite seulement, mais qui connaît lavenir, et peut-être nest-ce que de la poltique-fiction, le nord se heurterait à des rivaux. Mais < toutes les civilisations sont mortelles >... Il nest donc pas certain que le calcul de risque qui pousse certaines politiques du nord à vouloir maintenir un sud fragmenté se révèle être la bonne solution. La crispation des états européens sur les craintes dune perte didentité nationale et culturelle nest pas à négliger, lhéritage historique ne doit pas être abandonné, pas plus au nord quau sud; mais les populations du sud sont déjà présentes parmi les sociétés du nord, comme des sortes de diasporas dont les mentalités et façons de vivre ne sont plus tout à fait comme dans létat dorigine, sans être encore identiques à celles de létat daccueil. Il faut donc inventer pour rapprocher dune part les états européens, essentiellement méridionaux, pour qui la Méditerranée constitue un espace dinfluence naturel, car les pays de lEurope septentrionale, malgré la présence de petites communautés sur leur territoire, nont pas encore pris la mesure du phénomène; et dautre part les états de la rive sud pour qui lUnion européenne représente lentrée dans la < mondialisation >, la modernisation, une occidentalisation certes, mais non une < américanisation > qui soutient comme modèle de développement létat honni dIsraël. Cependant,
pour assurer la stabilité de la zone méditerranéenne, face à cette démographie
galopante, le volet économique et financier dune coopération plus
étroite entre les deux rives est-il suffisant, alors que lon sait
déjà quil est nécessaire? b - Le défi dun partenariat économique et financier : La Déclaration de Barcelone contient deux propositions : créer une zone de libre-échange entre lUnion européenne et les pays méditerranéens à partir de 2010, et allouer une aide aux infrastructures pendant une durée de cinq ans. La création de la zone de libre-échange sera réalisée grâce à une réduction graduelle des tarifs douaniers sur les produits industriels et en respectant les modalités déchanges des services selon les accords GATT-OMC. Le commerce bénéficiera donc dune libéralisation, et linvestissement sera encouragé. Mais la médaille montre un revers; un tel schéma présente des inconvénients. La concurrence effrénée que se livreront les entreprises européennes dune part, et arabes et africaines dautre part, permettra aux produits du nord de pénétrer plus largement les marchés du sud, ce qui risque daboutir à la ruine des petites sociétés arabes et africaines, produisant linverse du résultat escompté. De plus la baisse des tarifs douaniers diminuera les recettes publiques des pays du sud, les privant ainsi de moyens pour leurs projets de développement, et ultérieurement de possibilités dinvestissement, donc damélioration de leur production, et en conséquence la situation de lemploi ne connaîtra aucun progrès, si ce nest une aggravation résultant de la fermeture des petites entreprises qui forment lessentiel du tissu industriel local. Quant aux produits des marchés du sud, essentiellement agricoles, soumis à un système de quota, ils nentreront sur les marchés du nord que dans les limites autorisées par Bruxelles. Dans la réalité, les états du sud ont donc intérêt à se regrouper régionalement pour améliorer les conditions des échanges avec lUnion européenne. Les états de lAfrique de louest ont saisi cette opportunité et mis en place des structures dont le fonctionnement peut encore être amélioré. En effet, il est symptomatique de constater que, lorsque lon évoque les principaux accords économiques régionaux, sont cités lALENA en Amérique du nord, lAPEC et lASEAN en Asie, le MERCOSUR en Amérique du sud et lUnion européenne, alors quil nest jamais fait mention daucun regroupement africain. Dit autrement, une certaine intégration économique du sud est la condition pour que ces états tirent profit du processus de Barcelone. LEurope préfère négocier de façon bilatérale avec le sud, ce qui est en sa faveur. Et pour le moment, les pays du sud adoptent la même attitude, mais ce nest pas à leur avantage. Or, pour arriver à une quelconque intégration économique, il faut un minimum dentente politique. LUnion du Maghreb arabe na pas encore démontré sa réalité. Cette étude a aussi fait le constat que la périphérie de la région, entendue dans un sens large, avait un impact sur lensemble de la zone. Cest donc une forme nouvelle de regroupements régionaux quil faut trouver, car on voit mal dans un avenir proche la configuration dun rassemblement unique allant du Maroc et de la Mauritanie jusquaux pays du Proche et du Moyen-Orient en les y incluant. Il convient d ajouter que de telles constructions politiques ne sédifient pas sans réactions sociales. En effet, le calme social qui semble régner actuellement dans la majorité des états du sud nest pas une assurance contre toute agitation; lun des régulateurs en est lémigration vers les états de la rive nord, tandis quun autre résulte de lexistence de régimes forts, garants de la stabilité présente. Le dialogue politique ne peut être écarté au profit dun seul dialogue économique et financier. Dautre
part, les états du sud craignent que le processus de Barcelone ne soit
une façon déguisée de leur imposer un libéralisme absolu et, une nouvelle
fois, le modèle de développement économique européen. Lexemple de
la Syrie est significatif; elle a fait savoir que lexigence de libéralisation
de son économie, condition préalable pour accéder aux fonds européens,
nétait pas la bonne démarche, et que cétait laide financière
consentie qui lui permettrait daccéder à une libéralisation de son
marché. Poser le problème est insuffisant pour le résoudre. Le principe
dune certaine conditionnalité, à linstar des Conventions de
Lomé, est sans doute la bonne méthode pour un véritable partenariat à
long terme, profitable à toutes les parties en cause. Mais le fleuve de
lHistoire a-t-il suffisamment coulé pour que les pays développés,
anciens colonisateurs, soient perçus comme prônant des solutions en faveur
des états du sud, pour les aider résolument dans leur progression vers
une matûrité politique, économique, sociale et culturelle, sans que ces
actions ne soient comprises, par les populations de la rive sud, comme
dans le seul intérêt des riches états occidentaux? Les conditions de la
stabilité et dune paix à long terme, et donc de la prospérité sur
les deux rives du bassin méditerranéen, sont pourtant à ce prix. c - La montée de lislamisme politique : LEurope, et plus généralement lOccident, entretiennent avec le monde musulman des relations ambiguës, faites dattirance et de répulsion. Le fondamentalisme qui, dans certains états, a débouché sur un islamisme militant, appelant au renversement de lordre politique par la violence, a élargi le fossé dincompréhension. Ennemi dabord militaire, lIslam est devenu, avec les Croisades, un adversaire religieux. Lirrationnel et limaginaire, dans chacun des deux camps, ont depuis pris le pas, suscitant des comportements de méfiance et de haine. Au nord, laffirmation a fait son chemin selon laquelle lintégrisme islamiste, considéré parfois comme rampant au sein de certaines sociétés, constitue le défi le plus important pour le monde occidental, à lissue de la confrontation Est-Ouest; tandis quau sud, la colonisation, la collusion avec Israël dans son mépris des principes du droit, lacceptation de ses agissements dans les territoires occupés, sont symboliques des politiques occidentales inacceptables. La perception du monde musulman est encore rendue plus hostile par ceux qui établissent un amalgame entre les différents mouvements islamistes, ceux qui veulent accéder au pouvoir par la violence, et ceux qui privilégient les moyens de la démocratie tels que la participation à des élections. Les exemples de lIran, de lAfghanistan ou du Soudan, et avec une moindre mesure du Pakistan, effraient ; tandis que lévolution de la Tunisie ou du Maroc rassurent; et que lAlgérie et, à un moindre degré, lEgypte, semblent vulnérables. De la même façon, à lintérieur du monde occidental, il convient de distinguer une politique américaine, ambiguë, qui a apporté son assistance aux talibans dAfghanistan, et inscrit lIrak, lIran, la Libye et le Soudan sur la liste des états terroristes, dune politique plus équilibrée pratiquée par les différents pays européens, et singulièrement la France. Quant à lUnion européenne, elle na pas encore su faire la preuve, dans la réalité, dune politique étrangère et de sécurité commune à légard du monde musulman, la Déclaration de Venise et la Déclaration de Florence étant apparues comme des actes isolés relatifs davantage à la perception du conflit israëlo-arabe quau dialogue euro-arabe. Une autre erreur consisterait à imaginer le monde musulman comme un ensemble uniforme, alors quil est parcouru de courants très diversifiés. Certains mouvements radicaux font lobjet dune condamnation par les autorités religieuses et les responsables politiques. Le discrédit touche les groupes fondamentalistes qui utilisent la violence, car il est parfois difficile de les différencier dorganisations terroristes. Or le terrorisme cristallise en Occident les peurs instinctives des sociétés qui cherchent un bouc émissaire; par voie de conséquence, lIslam peut devenir la victime expiatoire. Les Etats-Unis et lEurope nappréhendent pas de la même façon la condamnation du terrorisme. Les Américains dressent une liste des pays qui, selon eux, encouragent les attentats ; puis le Congrès vote des textes interdisant aux sociétés des états alliés de commercer avec eux. Les Européens, et surtout la France, cherchent à se mettre daccord sur des mesures à adopter sur leurs propres territoires, à lintérieur de leurs frontières. Cest ainsi quen juillet 1996, à Paris, le G7 a été le cadre dune conférence pour instaurer une coopération internationale en matière de prévention et de lutte contre le terrorisme. Il faut encore ajouter que le bassin méditerranéen est le théâtre du trafic de la drogue, et que le démantèlement des réseaux permet occasionnellement détablir des liens avec des groupes terroristes. Lidée
avancée au début de cette étude selon laquelle la Méditerranée est le
miroir fidèle des grands problèmes qui agitent le monde contemporain se
trouve ici vérifiée; et ces difficultés portent atteinte elles aussi à
la stabilité de la zone. d - Les dépenses militaires et la prolifération des armes : Le concept de sécurité a beaucoup évolué, les composantes non militaires prennent de plus en plus dimportance. Le terreau de la stabilité repose, entre autres, sur les mesures de confiance, les droits de lhomme, la prévention des conflits et le contrôle des armements. Si la mise en avant de tels facteurs est révèlatrice, elle ne doit pas cependant faire oublier limportance des stocks darmes de toute nature accumulés dans la zone. Certes le bassin méditerranéen ne constitue plus le théâtre potentiel dune confrontation entre lEst et lOuest. Pourtant les Etats-Unis continuent dy entretenir une flotte importante, ce qui intrigue les états de la région non membres de lOtan et les conduit à sinterroger sur la raison de cette présence navale, compte-tenu des modifications intervenues dans la doctrine de lAlliance; et la Russie nayant plus le poids de lUnion soviétique. Plus généralement, les pays du sud se posent aussi des questions sur la création de forces mises en place dans la région, que ce soit par lOTAN ou par lUEO. Il nest pas étonnant dans ces conditions de constater que les dépenses militaires des états du sud soient importantes, à la fois dans un souci dassurer et de réaffirmer leur indépendance, et de se prémunir en cas de conflits locaux. Au Proche-Orient, les pays concernés par laffrontement israëlo-arabe ont maintenu leur budget militaire, que ce soit Israël, la Syrie, lEgypte ou la Jordanie. Il semble en être de même pour lIran. Quant à lIrak, à lissue de la guerre du Golfe, Bagdad a modifié la structure de son armée, créant une force daction rapide à partir de ses meilleurs éléments, et renouvelant progressivement ses équipements conventionnels. Si le Maroc et la Tunisie ont stabilisé leurs dépenses militaires, il est difficile de savoir ce quil en est en Libye ou en Algérie. En revanche, Ankara et Athênes nont pas diminué leurs budget s militaires. Leur environnement conflictuel, qui a fai t lobjet de développements antérieurs, explique cette politique au moment où un certain nombre détats appartenant à lAlliance freinent leurs dépenses et évoluent vers une armée de métier, ce qui est le cas de la France, mais bientôt aussi de lEspagne. Il convient cependant dobserver que si les armements conventionnels font moins lobjet dune nouvelle course, à linverse la situation est préoccupante en ce qui concerne les armes de destruction massive, ainsi que leurs vecteurs. Au Proche et Moyen-Orient, la concentration est impressionnante: les missiles balistiques de faible portée, compte-tenu du théâtre éventuel des opérations, ont la vedette. Israël a développé des missiles Jéricho 1 et 2; la Libye, lIran et lEgypte possèdent des Scud B nord-coréens, la Syrie des Scud C, lArabie saoudite des missiles CSS-2 chinois. De plus, lInde et le Pakistan ont procédé, en 1998, à des essais nucléaires souterrains, démontrant ainsi leur capacité technologique, et suscitant des clients potentiels. Le danger est multiforme, car Israël a refusé dadhérer au Traité de non-prolifération nucléaire, et les autres états de la région se sont dotés en conséquence non seulement de vecteurs, mais encore de charges chimiques. Le cas de lIrak est connu, une commission des Nations unies, lUNSCOM, en a été saisie à la suite de la guerre du Golfe; mais lIran, la Libye, et le Soudan, les bombardements américains sur lusine del Chifa, près de Khartoum, le 20 août 1998, tendent à le faire admettre, posséderaient eux aussi des capacités chimiques et biologiques. La détention dun tel arsenal a conduit les états du nord à vouloir imposer aux pays du sud un contrôle dès 1991, lors de la Conférence de Madrid, en créant un groupe de travail pour le contrôle des armements et la sécurité régionale, CASR-ACRS, dans le cadre du conflit israëlo-arabe. Seulement la Syrie a refusé dy participer, et Israël et lEgypte nont pas été daccord sur la façon denvisager la question des armes nucléaires. A Barcelone, les participants ont trouvé un accord sur trois directions à explorer: la promotion de la sécurité régionale en oeuvrant en faveur de la non-prolifération nucléaire, chimique et biologique, la création au Proche et Moyen-Orient dune zone exempte darmes de destruction massive, nucléaires, chimiques, biologiques, et de leurs vecteurs, et enfin létude de mesures pratiques de contrôle et de prévention, pour lutter contre la prolifération darmes nucléaires, chimiques et biologiques, et laccumulation excessive darmes conventionnelles. Une
telle quantité darmements, liée à des crises larvées et des conflits
ouverts, fait du bassin méditerranéen une zone de dangers potentiels,
où le calme nest quapparent. Au nord, dans la région des Balkans,
de manière spécifique, et presque partout au sud, une étincelle peut provoquer
un embrasement qui se propagerait rapidement par un effet de contagion
résultant dalliances, dintérêts partagés, ou de reconnaissance
dappartenance et de solidarité. Quels efforts seraient alors nécessaires
pour maintenir la stabilité, si la sécurité nest plus assurée et
la paix envolée? Dautant plus que cette " solidarité toute
nouvelle, excessive et instantanée, entre les régions et les évènements
", comme lenvisageait Paul Valéry dès 1931 dans ses "
Regards sur le monde actuel ", se conjugue avec la volonté de satisfaire
des besoins toujours croissants qui conduit les états à sengager
dans une compétition effrénée, allant jusquà puiser dans les réserves
de leurs ressources naturelles. e - La question de leau et de lénergie : Leau, condition de la survie de lhumanité, devient une ressource rare, et les gisements des différentes sources naturelles dénergie ne sont pas inépuisables. Les progrès scientifiques ont certes permis la découverte de nouvelles énergies, mais leur accès nest pas encore possible pour tous. Les scenarii de pénurie ne sont donc pas uniquement de la science-fiction. Leau douce provient soit de précipitations, soit de nappes souterraines fossiles, inégalement réparties, la désalinisation de leau de mer demeurant un procédé coûteux. Les états du nord ont une consommation qui sapparente au gaspillage, tandis que les pays du sud sont victimes de grandes sécheresses et de lévaporation. Le climat, fluctuant, ainsi que des phénomènes environnementaux, imposent de grands efforts pour maîtriser lirrégularité des eaux superficielles, et trouver une fonction régulatrice. Quant à lexploitation des richesses non renouvelables quoffrent les grands aquafères souterrains, la durée de leur exploitation est limitée et conditionnée par lintensité de lextraction; cette durée est estimée, au mieux, à une cinquantaine dannées. Dans le bassin méditerranéen, leau est une ressource mal partagée: les états de la rive orientale, tels que la Jordanie, Israël, les territoires sous autorité palestinienne, ou encore la Libye, la Tunisie ou Malte, sont dans une situation dextrême pauvreté; tandis que les états du nord connaissent une situation dabondance, quand ce nest pas de surabondance comme dans les Balkans en raison de leurs reliefs. Le cas de la Libye retient particulièrement lattention car, pour lutter contre ce manque deau, elle nhésite pas à pomper les nappes aquafères du Niger son voisin qui peut, à juste titre, sen inquiéter. Facteur de vie, nécessaire à la consommation humaine et animale, leau est encore utilisée pour lirrigation et lindustrie. Désormais sa gestion doit être raisonnée. Cest pourquoi, en novembre 1996, la France, dans le cadre de lUnion européenne, a organisé à Marseille une conférence euro-méditerranéenne consacrée à cette question, où se sont retrouvés les états parties au processus de Barcelone. Les propositions en faveur du respect des ressources, de la lutte contre le gaspillage, de la prévention des pollutions, du principe " utilisateur-pollueur-payeur " , et de la formation et de lamélioration des connaissances, ont été retenues dans une déclaration commune; un système déchange dinformations réciproques a été lancé. Il reste à faire entrer ces principes dans la réalité quotidienne pour que néclate pas un jour prochain une " guerre de leau ". Le
bassin méditerranéen, et sa périphérie, sont particulièrement riches en
pétrole et en gaz naturel. Le nord dépend des gisements du sud, ce quont
mis en lumière les conflits israëlo-arabes de 1956, 1967, 1973, la guerre
entre lIran et lIrak de 1980 à 1988, la guerre du Golfe en
1990 et 1991, les chocs pétroliers de 1973, 1979 et la crise de 1985.
La demande demeure forte, les réserves sont encore importantes, mais pas
inépuisables. Viendra donc le moment où, si les besoins continuent à augmenter,
devront être mis en valeur des gisements plus difficilement exploitables,
nécessitant des investissements lourds et entraînant une hausse des prix.
De tels investissements ne se réaliseraient quà lintérieur
détats politiquement stables sur le long terme. Or la zone est porteuse
de crises et de bouleversements politiques et militaires qui peuvent survenir
à tout instant. La sécurité des approvisionnements énergétiques du nord
nest donc pas totalement assurée. Et les réserves de la mer Caspienne
ne compenseraient pas la production du Moyen-Orient. En conséquence, cette
interdépendance entre la rive nord qui consomme et la rive sud qui produit
conditionne le développement dune coopération et dune concertation
nécessaires pour garantir la stabilité de la région et de sa périphérie,
aussi bien autour du Golfe quen Afrique du Nord. CONCLUSION : Sécurité et stabilité sont les concepts dont la mise en oeuvre assurent la paix, aussi bien régionalement quà léchelle de la planète, la mondialisation aggravant cependant linterdépendance dans la temporalité. Le bassin méditerranéen est le théâtre de crises et de conflits ouverts ou latents qui affectent la sécurité de la zone, et de risques qui touchent à sa stabilité. Le processus de Barcelone constitue une forme de dialogue entre la rive nord et la rive sud, et propose un partenariat politique et de sécurité, économique et financier, et dans les domaines social, culturel et humain; plusieurs limites dans la méthode ont néanmoins été relevées. Un certain nombre de conditions sont susceptibles daméliorer ce partenariat. Un dialogue critique doit sinstaurer entre partenaires égaux, dans le respect mutuel de lidentité de chacun, de sa culture et de ses traditions, et de son indépendance. LUnion européenne sefforcera de soutenir les regroupements régionaux qui se constitueront au sud. Les intérêts mutuels de tous, sur les deux rives du bassin et sa périphérie, seront pris en compte. De telles conditions minimales peuvent faciliter la création dun espace commun de paix, et aider les états du sud à emprunter la voie dune stabilité interne véritable. De plus, avec le temps, linstauration de mécanismes de diplomatie préventive, et ladoption de mesures de confiance et de transparence, conduiront peut-être à une sécurité partagée, à un ordre régional, si chacun consent à un effort, et oublie ses peurs et ses rancoeurs. Encore faudrait-il, dans cet ensemble stratégique qui est flou, complexe et compartimenté, comme cette étude la souligné, que les organisations régionales sentendent et coopérent, plutôt que dentrer en compétition, et que les initiatives, lancées à Barcelone, qui ont marqué le pas après la conférence de novembre 1995, connaissent un nouveau départ, et ne demeurent pas de simples effets dannonce. Mer sujette aux coups de tempête violents, la Méditerranée deviendrait alors un lac aux eaux paisibles baignant une zone de prospérité. Vision dun rêve irénique? Les grands desseins ont façonné lhistoire, et inspiré du courage aux hommes de bonne volonté. LEurope, qui a su détruire à lest le mur qui la divisait, doit être capable de jeter les fondations dun pont en direction du sud. Paris,
le 31 août 1998. Orientations bibliographiques : -ASMUS (Ronald D.), LARRABEE (F.Stephen), LESSER(Ian O.), La sécurité dans le bassin méditerranéen: nouveaux défis et nouvelles tâches, Revue de lOTAN, Bruxelles, mai 1996. -ATHENA (Le dossier d), LEurope et lespace méditerranéen, La Documentation française, Paris, 2ème semestre 1997. -AWWAD (Emad), Politique américaine au Proche-Orient: deux poids, deux mesures, Défense nationale, Paris, avril 1998. -BISTOLFI (sous la direction de Robert), Euro-Méditerranée, une région à construire, Publisud, Paris, 1995. -BOIDEVAIX (Francine), La complexité diplomatique et le groupe de contact, Défense nationale, Paris, mars 1998. -BONNEFOUS (Marc), Réflexions sur une politique arabe, Défense nationale, Paris, août-septembre 1998. -DAGUZAN (Jean-François), GIRARDET (Raoul), La Méditerranée, nouveaux risques, nouveaux défis, Publisud, Paris, 1995. -FONDATION MEDITERRANEENNE DETUDES STRATEGIQUES, Méditerranée, constantes géostratégiques, Publisud, Paris, 1997. -GHILES (Francis), La Méditerranée, un enjeu qui mérite une politique plus audacieuse, Politique étrangère, Paris, printemps 1998. -KIENLE (Eberhard), Libre-échange contre libéralisation politique: partenariat et stabilité dans le bassin méditerranéen, Politique étrangère, Paris, printemps 1998. -KODMANI-DARWISH (Bassma), Leuro-méditerranée comme enjeu de société, Politique étrangère, Paris, printemps 1998. -LA GORCE (Paul-Marie de), La recomposition du Sud-Est de lEurope, Défense nationale, Paris, mars 1998. -MOREAU DEFARGES (Philippe), Lordre mondial, Armand Colin, Paris, 1998. -PELLETREAU (Robert), Proche-Orient: la coopération entre lEurope et les Etats-Unis, Politique étrangère, Paris, été 1998. -QUANDT (William B.), Bill Clinton et la paix israëlo-arabe, Politique étrangère, Paris, printemps 1998. -UNESCO, Des insécurités partielles à la sécurité globale, Actes du symposium international, 12-14 juin 1996, tenu à la Maison de lUNESCO, publication des Ateliers de lUNESCO, 1997.
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CREMOC
- Université
Paris Sud-XI
Faculté Jean Monnet - 54, boulevard Desgranges - 92331 Sceaux - FRANCE - |
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